Entre fleurs et tissages, portrait du jeune artiste Romain Caruso aka ISABEL

Instagram, ses millions de photos et de comptes. Et entre les mailles de ce réseau social super puissant, un jeune homme devenu Parisien depuis quelques mois, m’écrit. Je ne le connais pas. On se rencontre au Rose Bakery et il m’offre, avec une extrême douceur et gentillesse, l’une de ses oeuvres. Un tissage somptueux fait de laine bleue, de gris, de bois. Je l’observe tous les jours et la même question me vient en tête, pourquoi le tissage ? Comment réalise-t-on une telle pièce ? 

Romain Caruso, ISABEL, est à mi-chemin entre la fougue citadine et l’essence campagnarde. Sa nature à lui, elle est emplie de fleurs, de senteurs, de textures, de matières. Et cette interview, sa toute première, montre (je l’espère) l’entière beauté de cet artiste.

Peut-être qu’un lien risque de se tisser entre vous et lui…

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Hello Romain, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour et merci Stéphanie de me donner la parole aujourd’hui ! Je suis Romain Caruso, j’ai 25 ans, je vis en région parisienne mais je suis natif du Sud de la France. Je suis designer pluridisciplinaire, mon travail met en lumiere principalement la laine pour créer des tissages contemporains mais je mets en scène également le végétal, notamment la fleur, pour des sets design afin de présenter mes pièces lors des shootings. Ces deux univers me passionnent.

Comment est né ISABEL ?

Grand amoureux de décoration d’intérieur et de scénographie artistique, lorsque j’ai dessiné et créé ma première pièce partir de pelotes que m’avait donné ma grand-mère -Isabelle- dont je suis très proche, j’ai adoré ça. Une révélation. A coté de ça, ma maman, qui peint entre autre, m’a transmit sa créativité. Créer mon studio de création au prénom de ma grand-mère a été une évidence à mes yeux et c’est une fierté. J’ai volontairement croquer les deux dernières lettres afin de donner une nouvelle dimension plus masculine et contemporaine au mot pour mieux me l’approprier. C’est ainsi qu’est né, en début d’année 2018, ISABEL.

Je fais plutôt dans le maximalisme, plus il y a de fourmillement de matières, mieux c’est ! ISABEL

Que fais-tu exactement comme créations ? Tissages ?

Je créé ce que l’on appelle des tissages muraux contemporains, tout part d’une série de croquis qui évoluent et s’affinent au fil de mes idées et du design final que je veux. J’aime inventer des formes organiques fortes, comme des horizons vallonnés superposés qui dansent et s’entremêlent. Un raffinement discret tout en restant masculin.  Mes tissages sont des paysages en ombre et lumière, sauvages et structurés à la fois. Ils sont toujours, qu’importe le format, composés de longues chutes de matières, de la laine, parfois de la corde ou du satin, entre autres. Je fais plutôt dans le maximalisme, plus il y a de fourmillement de matières, mieux c’est ! J’aime repenser cette technique intemporelle en lui donnant une nouvelle dimension artistique.

Ce qui est intéressant, c’est que selon les couleurs et matières choisies, le tissage peut aussi bien s’infiltrer dans un intérieur haussmannien que sur la terrasse d’une villa ultra moderne du Sud de la France, ou même dans le salon chaleureux d’une chaumière Normande.

A coté de ça, histoire de revisiter encore plus l’art du tissage, je travaille sur des pièces tissées expérimentales, avec des techniques parfois plus alternatives. Par exemple, en ce moment, je travaille sur quelques pièces qui seront corporellement portées lors d’un prochain shooting en collaboration avec un photographe et des modèles, j’ai aussi eu une demande pour créer sur mesure une pièce pour un défilé. Je n’en dis pas plus pour le moment mais il y a quelques indiscrétions sur Instagram. Je suis très ouvert aux nouvelles collaborations.

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Combien de temps travailles-tu sur un projet ? 

J’ai envie de dire, prendre le temps qu’il faut pour créer la pièce parfaite. Je peux faire des croquis pendant une semaine, y réfléchir dans le métro, faire une ébauche sur un bout de papier, n’importe quand en fait, jusqu’à trouver la combinaison de mouvements parfaite qui matche avec ce que j’ai en tête et qui correspond aussi à la demande s’il s’agit d’une commande particulière. Mais pour donner un ordre d’idée, même pour une pièce qui fera par exemple 20x20cm il faudra au moins 25 heures de travail, car plus c’est petit, plus c’est dans le détail. Ensuite, plus la taille augmente plus le nombre d’heures croit également. Puis au moment où je travaille sur un projet, j’aime suivre une démarche, c’est-à-dire partir d’une photo du lieu où la pièce sera exposée, décrypter une atmosphère, repérer les lignes déjà présentes, les suivre ou les contraster. Cela ne se fait pas en un jour et c’est toute la beauté de la chose. Je dirai que c’est important de mettre autant en valeur le tissage lui-même que son environnement.

Tisser est quelque chose de tellement apaisant, parfois je peux ne pas m’arrêter pendant 3/4h sans les voir passer, c’est hypnotique. ISABEL

Comment en es-tu arrivé au tissage ? Pourquoi ?

J’ai envie de dire par un heureux hasard. Surtout que je suis autodidacte dans ce domaine, et je dirais que c’est une force car du coup je suis un électron libre. Pour la petite histoire, c’est arrivé du jour au lendemain, un matin j’ai pris des tasseaux de bois, j’ai fabriqué un métier a tisser de 2,50x1m et j’ai commencé, c’est venu tout seul, j’ai fais quelques essais de nouage, parfois j’ai défais, recommencé, il y a eu pas mal de réflexion pour trouver ma propre technique, mon propre style. C’est vraiment une manière de travail évolutive.

Mon travail de designer floral est de jouer avec l’éphémère et je me suis aperçu que j’avais aussi besoin de créer des choses plus pérennes. Tisser est quelque chose de tellement apaisant, parfois je peux ne pas m’arrêter pendant 3/4h sans les voir passer, c’est hypnotique. Aujourd’hui, je pense déjà aux futurs tissages et comment les mettre en scène alors que mon métier a tisser est déjà pris par deux pièces en cours, je ne peux plus m’arrêter. Et j’adore ça.

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Quelles sont tes inspirations ? 

Ce qui m’attire en premier, c’est la couleur, je suis quelqu’un qui marche au visuel, avec une grande attirance pour les bleus. Outre ce point-là et ayant des goûts très éclectiques, être inspiré pour moi va se traduire par une image, un son, une sensation.. qui me fera réagir. Ça peut être une musique qui va me faire vibrer, tel que les sons du groupe Islandais Sigur ros, regarder le ciel, voir la Terre depuis une siège d’avion, tomber sur un super spot de Street art.

Comment vois-tu le fait d’être jeune et de te lancer ? Est-ce un challenge ?

Carrément ! Un challenge et un immense enthousiasme. C’est une sensation top de créer avec sa personnalité et voir son travail apprécié, partagé. Dès le début, je n’ai pas voulu précipiter les choses, aller plus vite que la musique. L’art a besoin de temps, d’élaboration, de présentation. J’ai les pieds sur terre et la tête souvent ailleurs.

Qui suis-tu sur les réseaux sociaux, au quotidien ?

On va clairement dire sur Instagram, parce c’est le réseau social le plus chouette quand même. Je suis assidûment Milk magazine, j’apprécie beaucoup la qualité et la beauté de leurs articles. Je suis très sensible également a l’univers immersif du photographe grec Petros Koublis, je m’évade dès que je me plonge dans ses photos.

Je suis aussi les publications du Flower Artist japonais Azuma Makoto, qui fait des installations florales et végétales incroyables, c’est un artiste novateur dans le milieu de la fleur, je me souviens notamment d’une structure qui s’appelaient « Frozen flower » créée in situ dans les plaines enneigées de Hokkaido au Japon. C’était une compression de fleurs et de plantes exotiques sur lequels il a lentement fait goutter de l’eau afin que l’ensemble glace et se retrouve orné de stalactites. Magique.

Parle-moi aussi de la nature, des fleurs, qui ont une grande place dans ta vie ?

La nature, j’y ai baigné depuis tout petit, des sorties du dimanche en colline pour cueillir des asperges sauvages avec ma maman jusqu’aux géraniums, roses parfumées et autres zinnias du jardin de mes grands-parents. Elle a toujours été omniprésente dans mon quotidien et elle est indispensable aujourd’hui surtout dans une ville comme Paris. C’est pourquoi il y a quelques années je me suis dirigé vers des études pour devenir fleuriste, entre temps j’ai pris quelques cours aux beaux-arts… Je ne me limite jamais à une seule discipline (sinon on s’ennuie non?). C’est pour tout cela qu’aujourd’hui je jongle avec mes fils de laine et des tillandsias, paphiopedilum et autres héliconias, tout en donnant à chacun sa place.

Quel nouveau Parisien es-tu ?

Celui qui est souriant dans le métro ? (rires). La première chose qui me vient serait de dire, celui qui a une ambition débordante et qui est déterminé à aller au bout des choses. Paris est un terrain de jeu géant pour moi, il y a tellement à découvrir, tellement de rencontres à faire. Paris était mon objectif de vie et de parcours depuis plusieurs années. Je suis un adepte du : « Rien n’est impossible » et je ferai toujours tout pour arriver là où je veux être !

Ta pièce la plus arrogante, c’est laquelle ? 

Une de mes masterpièces se nomme « Sulfureux carmin », le nom parle de lui même non ? Elle allie les bleus profonds et le bordeaux en différentes textures. A sa création, je l’imaginais se glisser dans un intérieur très velours, intime, comme le boudoir d’une danseuse burlesque.

Le lien du site de Romain Caruso, Isabel
Et pour le suivre sur Instagram, le lien de son compte

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