Interview de réalisateur : Jean-Charles Paugam et son film La Bataille du Rail

« On ne s’improvise pas dealer. Quoi que… ». On pourrait dire la même chose du métier de réalisateur. C’est un job de passionné, qui prend du temps et qui engage une énergie folle pour s’accomplir et réaliser un film pensé, construit et imaginé de longs mois auparavant. Dans La Bataille du Rail, Jean-Charles Paugam aborde la nuit à Paris, les destins croisés entre coke et soirées, la vie parisienne avec ses surprises et ses galères.

Son personnage Franck, incarné par l’acteur Pierre Lottin, c’est un peu lui. L’occasion rêvée de le questionner sur son parcours, ses désirs de réalisateur et sur son long-métrage que l’on vous invite à voir le 10 octobre prochain à Paris.

Hello Jean-Charles, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 37 ans, je viens de Brest, j’écris pour la télévision pour gagner ma vie et je fais des films pour m’éclater !

Franck sceptique

Comment es-tu arrivé à la réalisation ? Est-ce que ça a commencé par une idée de film, une rencontre ?

J’ai commencé à faire des films quand j’étais ado avec mes potes. On vivait à Brest, donc on se faisait pas mal chier. Niveau film, il y avait juste un vieux cinéma art et essai qui passait aussi des films pornos. Pour occuper notre temps et se marrer, on s’est mis à faire des films à l’arrache. Notre blaze, c’était les Nanarchistes Associés, et notre devise : Sous les navets, la rage. Mais attention, on prenait tout ça très au sérieux ! D’ailleurs, mon meilleur pote avec qui je réalisais, Perig Guinamant, est aujourd’hui mon monteur. Quand je revois ces films, je me dis que, l’air de rien, ils nous ont appris les rudiments du métier. Dans l’esprit, et même dans la fabrication, « La bataille du rail » est très nanarchiste !

Quand on commence à faire des films, on y pense H24, tout devient matière à ça, une situation, une rencontre, le livre qu’on lit, la musique qu’on écoute. C’est un peu fatiguant parfois, on aimerait bien oublier deux secondes la passion qui nous anime.

Quel est ton rapport au cinéma ?

Total, à mon corps défendant. Quand on commence à faire des films, on y pense H24, tout devient matière à ça, une situation, une rencontre, le livre qu’on lit, la musique qu’on écoute. C’est un peu fatiguant parfois, on aimerait bien oublier deux secondes la passion qui nous anime, et qui met de fait une espèce de distance entre soi et le monde alentour, puisqu’on observe tout et tout le monde. Heureusement, je viens d’avoir des jumeaux, je suis trop crevé et trop heureux pour penser autant au cinéma, mais ça reviendra peut-être…

La Bataille du Rail, ça raconte quoi ?

La bataille du rail, c’est l’histoire de Franck, un branleur professionnel qui se retrouve obligé de dealer de la coke pour rembourser un pote à lui. On va le suivre pendant toute une nuit livrer des clients tous plus barrés les uns que les autres. Le film est une sorte de road-movie intramuros. C’est une comédie indé, peut-être même la première comédie sur un dealer de coke, en tout cas moi, j’en ai jamais vu ! Je voulais démystifier complètement la figure du dealer à la Scarface, enlever tout le côté gangster vs keuf, montrer que les dealers d’aujourd’hui sont comme des livreurs Deliveroo, et du coup parler de l’uberisation de la société.

Combien de temps as-tu mûri ce film ? Sachant que tu es scénariste et réalisateur…

Alors j’ai dû murir ce film environ deux minutes en tout et pour tout ! « La bataille du rail » vient d’un court métrage que j’ai réalisé en 2016 en pleine nuit debout (d’ailleurs, ça s’appelait « Nuit debout »). Pierre Lottin jouait déjà le rôle de Franck. On l’avait fait avec environ 500 euros. Le film a été sélectionné au festival de Clermont-Ferrand, le plus gros festival de courts métrages du monde. Dès que j’ai appris la sélection, j’ai dit à mon producteur, Martin Berléand, que j’aimerais bien faire le « long du court », en reprenant le personnage de Franck (et donc Pierre pour le jouer), et en lui faisant vivre une nouvelle aventure. Je lui en ai parlé genre en décembre 2017, et en mars 2018, on tournait le film. Autant dire que j’ai pas vraiment eu le temps de « mûrir » quoi que ce soit ! Avec mon coauteur, Gérôme Rivière, on écrivait pendant que je faisais la prépa et le casting. Ensuite, j’ai tourné le film en 12 jours…

Franck + Béné

Que penses-tu de Paris comme cadre de ton film ?

Je viens de Brest, je suis arrivé à Paris pour mes études, je ne me suis jamais senti complètement « intégré » à cette ville, comme beaucoup de provinciaux. Pourtant, j’ai toujours été fasciné par la nuit parisienne, les clubs, les teufeurs, sans doute parce que j’ai jamais été moi-même un gros teufeur. « La bataille du rail » est une plongée dans cet univers, mais du point de vue d’un outsider, d’un mec qui vit à la marge de ce monde, et qui ne pourra jamais y entrer parce qu’il n’en a pas les codes.

Comment s’est passé le casting ? As-tu pensé tout de suite à Pierre Lottin et Clara Ponsot ?

Pour Pierre, c’était plus qu’une évidence : c’est pour lui et avec lui que j’ai créé le personnage de Franck, il était hors de question que je fasse le film avec un autre acteur, il est juste incroyable dans « La bataille du rail ». Pour Clara, c’est ma directrice de casting, Catherine Chevron, qui m’a parlé d’elle, elle m’a carrément dit que Clara était la seule actrice en France à pouvoir jouer Nina. J’ai pas été difficile à convaincre, je l’avais déjà vue dans « Bye Bye Blondie », j’ai regardé ses autres films, elle avait clairement ce truc un peu punk, un peu sulfureux, que je cherchais pour le personnage. Je me suis rendu compte sur le tournage qu’elle était en plus une partenaire parfaite pour Pierre, parce qu’elle a un jeu très posé, très à l’écoute, tandis que Pierre va à 1000 à l’heure, joue tout à l’instinct, est tout le temps sur la brèche. Ça donne un décalage super !

Nina Club

Est-ce que c’est compliqué de sortir son film en France ? As-tu été aidé ?

Le film est auto-produit : on l’a fait en tout et pour tout avec 45 000 euros. C’est un choix, on voulait pas passer par le parcours du combattant habituel, attendre d’avoir le CNC, une région, une télé, un distributeur. On voulait le tourner vite, dans la même énergie qu’on avait tourné « Nuit debout », en mode commando. Pour moi, c’était la meilleure manière de raconter l’aventure de Franck. Il fallait que la forme soit raccord avec le fond.

Je voulais démystifier complètement la figure du dealer à la Scarface, enlever tout le côté gangster vs keuf, montrer que les dealers d’aujourd’hui sont comme des livreurs Deliveroo, et du coup parler de l’uberisation de la société.

Sur la réalisation, comment as-tu travaillé ?

À l’instinct ! Je savais de toute façon qu’il ne fallait surtout rien prévoir à l’avance, vu le bordel que ça allait être. Et j’ai pas été déçu ! Parfois, on avait pas de décor deux heures avant de tourner. Parfois, c’était un acteur qu’on trouvait pas. J’ai aussi réécrit certaines scènes au tout dernier moment. Bien sûr, ça fait flipper, mais ça oblige aussi à pas rester coller au scénario ou figer dans sa mise en scène. Il faut aller au plus efficace, au plus simple, au plus fort. Moi, ce genre de tournage, ça me permet de me dépasser.

Quelle est la suite pour la Bataille du Rail ?

La suite, elle est encore incertaine ! On vient de terminer le film et maintenant, on recherche activement un distributeur pour le sortir en salles (on n’est pas non plus contre une plateforme, hein !

Où pourra-t-on voir le film, dans les mois à venir ? As-tu un appel à lancer ?

Le film sera projeté en avant-première le jeudi 10 octobre à 20h au MK2 Quai de Seine (entrée libre sur réservation : projo@triadefilms.com). Alors, si vous aimez Paris, si vous aimez la coke, ou si vous voulez juste vous marrer, venez !

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