Musique : interview de Kristina Bazan, bien plus qu’une jolie poupée

A seulement 24 ans, Kristina Bazan donne le sentiment d’avoir déjà vécu mille vies. Voix corsée avec un morceau « Clockwork » entêtant, égérie de nombreuses marques (L’Oréal Paris, Dolce & Gabbana, Dior, Vuitton…), voyageuse solitaire, Kristina incarne le genre de femme forte que l’on a envie de suivre.

Née en Biélorussie, Parisienne depuis un an, elle a rêvé de musique et c’est pour son album en préparation que nous lui accordons une longue interview sur le blog. En un seul mot : époustouflante.

Non, Kristina Bazan n’est pas juste belle, elle est puissante et ce n’est que le début d’une belle carrière en devenir…

L’Arrogante : Hello Kristina, peux-tu me dire d’où viens-tu ? Où as-tu grandi ?

Kristina Bazan : Je suis née en Biélorussie, plus précisément à Minsk. Mais ma famille bougeait beaucoup, à l’âge de 4 ans je suis partie vivre avec mes parents au Kentucky, aux Etats-Unis, puis nous nous sommes basés en Suisse lorsque j’avais 6 ans et demi, où j’ai vécu jusqu’à mes 20 ans avant de déménager 3 ans à Los Angeles. Je viens récemment de m’installer à Paris, depuis seulement 1 an. Mais je m’y sens déjà comme chez moi…

Comment es-tu arrivée à la musique ?

Kristina : En fait, c’est drôle, les gens ne le savent pas forcément mais j’ai toujours voulu faire de la musique… Ca a toujours été ma plus grande passion et mon plus grand rêve depuis ma tendre enfance. Après c’est vrai que ça paraissait être une ambition inatteignable, notamment car j’ai toujours été très timide et n’osais à peine chanter devant mes proches.

Lorsque j’ai ouvert mon blog, ce qui m’est venu très naturellement, étant fille unique et grandissant dans un tout petit village en Suisse, internet était comme une bulle échappatoire pour moi, ou je pouvais m’exprimer librement et sans frontières, ça m’a donc donné une confiance en moi pour poursuivre mon envie de base, la musique. Et je suis infiniment reconnaissante d’avoir eu de l’expérience dans le milieu du travail dès mon plus jeune age. J’avais 17 ans lorsque j’ai décidé de faire mon blog à plein temps et de vivre de ma créativité. J’ai donc très vite du apprendre à allier business à création et m’émanciper du confort familial tôt pour me battre pour mes rêves. Je pense que si je n’avais pas eu mon blog avant, je n’aurais pas eu la juste maturité, le professionnalisme ou la volonté de défendre un point du vue fort et imposé dans la musique.

J’ai toujours su ce que je défendais : la passion, la poursuite des rêves et le travail acharné. Kristina Bazan

Avant ce single, « Clockwork », on t’a découverte égérie (L’Oréal, Dolce & Gabbana, entre autres). Comment passe-t-on d’une carrière d’égérie à celui d’artiste ?

Kristina : Oui, je sais que c’est une surprise pour beaucoup… Mais en fin de compte, la vie est trop courte pour se contenter d’un succès qui ne nous comble pas pleinement car malgré tout, je pense avoir plus à apporter au monde que juste des jolies photos de moi sur Instagram.

Vous savez, c’est très dur d’aller à l’encontre de son plus grand amour qui pour moi est vraiment la musique. Et je dis ça tourné de cette manière car en effet au début, j’essayais de me battre contre cette envie. Car je savais que le public n’allait pas forcément comprendre. Notamment à cause du style musical que je souhaite défendre.

Je pense que c’est dur pour moi d’exprimer à quel point je prends la musique au sérieux, notamment à cause de mon passé et de l’image de la blogueuse à laquelle on m’associe aujourd’hui. Mais j’ai toujours su ce que je défendais : la passion, la poursuite des rêves et le travail acharné. Même en étant que blogueuse, j’ai toujours infusé mon contenu de recherche et de profondeur. Et la musique a été mon fil conducteur notamment dans la mode. Je pense que les marques avec qui je travaillais et travaille d’ailleurs toujours en étaient toujours conscientes car j’essaie systématiquement d’apporter une dimension créative à tout projet.

Je n’ai pas envie qu’on m’attribue du mérite simplement à cause de mon apparence. Je pense avoir beaucoup de messages importants à exprimer en lien avec ce que vit et avec ma génération. Je suis l’exemple parfait de quelqu’un dont la vie tournait autour des réseaux sociaux pendant des années, je pense que tout le monde aujourd’hui à un sentiment d’amour et de haine envers ces plateformes. J’ai donc envie d’exploiter ce sujet dans ma musique. Mais dans aucun cas n’ai-je envie de tourner le dos à la mode car c’est elle qui m’a amenée là où j’en suis aujourd’hui. La mode a cette capacité à faire le lien entre tellement d’Arts : le cinéma, la musique ou même l’architecture… Que serait un artiste musique sans son image? La mode m’a permise de me trouver, de cultiver une identité esthétique et je l’inclue à ma musique.

Comment as-tu travaillé ce morceau ?

Kristina : Clockwork a été crée il y a un peu moins d’un an maintenant je dirais, c’est un titre qui est venu très naturellement lorsque j’étais en session avec mon «  producer »  Louis Côté. Je voulais vraiment faire de la musique qui soit dans l’air du temps et à la fois intemporelle. La volonté était de créer quelque chose d’assez énigmatique, étrange qui ne puisse être formaté ou mis dans une case.

C’est un peu la manière dont je me sens à vrai dire. Les gens essaient toujours de me mettre dans des cases, ou me coller des étiquettes car c’est la manière dont l’industrie et la société fonctionne. Le public est confus, ne comprend pas s’il doit m’appeler, blogueuse, influenceuse, chanteuse… Et c’est très bien comme ça. Car je ne veux pas être limitée : je veux simplement créer, sous tous les formats.

En tout cas, Clockwork reflète ce désir d’exprimer une critique du monde digital, un monde avec lequel j’ai une relation d’amour absolu mais également de haine notamment par l’emprise qu’il tient sur moi, sur nous. C’est une espèce de critique de notre nature cruelle et en même temps un cri à l’aide, une prière. Je pense que beaucoup m’attendaient sur un terrain plus commercial et pop, mais je voulais justement dire au public que je ne me lance pas dans cette carrière pour de la reconnaissance immédiate, mais surtout et avant tout pour exprimer un message créatif sur du long terme. J’ai envie de pouvoir être fière de ce que je fais et j’ai vraiment envie de proposer quelque chose d’innovant, d’intéressant, de différent avec une vraie réflexion derrière. J’écris tous mes textes et je suis très impliquées dans la composition. Je trouve donc que c’est important vu mon historique d’en assumer une certaine responsabilité, un devoir de parler de sujets qui comptent et qui sont d’actualité. Avec cette chanson, je voulais ouvrir une conversation, proposer un nouveau point de vue, laisser les gens un peu confus… mais intrigués, je l’espère, de voir la suite.

Je suis l’exemple parfait de quelqu’un dont la vie tournait autour des réseaux sociaux pendant des années, je pense que tout le monde aujourd’hui à un sentiment d’amour et de haine envers ces plateformes. Kristina Bazan

Et ce clip sublime, réalisé par Giovanna Gorassini, tu peux nous raconter les coulisses ?

Kristina : Ma rencontre avec Giovanna était un vrai coup de coeur, coup du hasard et je dirais coup de chance lancé par le destin car nous avons tout de suite été connectées à des niveaux très profonds. J’aime les gens qui prennent des risques, qui sortent des cases, qui se veulent anti-conformistes. Je trouve qu’il y a si peu de diversité artistique soutenue et mise en avant par les médias aujourd’hui… Tandis qu’on vit justement dans une période d’hyper connectivité où la créativité devrait justement être encore plus vive et encouragée.

En regardant ce qui se faisait dans le passé, j’ai l’impression qu’au lieu d’avancer on a un peu reculé. Tout le monde cherche à se ressembler ou à mimer le passé. Il n’y a plus beaucoup d’innovation véritable. Avant, il y avait des groupes atypiques comme KISS ou même les Beatles qui pour le coup ont toujours innové de manière très impressionnante, aussi des artistes comme Kate Bush ou Bowie qui n’ont pas arrêté de surprendre, d’interpeller tout le long de leur carrière. Ils créaient les tendances au lieu de les suivre.  La musique aujourd’hui est si redondante et il y a tellement peu de prises de risques dans les clips bien que certaines perles rares font surface de temps à autre.

J’adorais l’idée de soutenir la vision d’une jeune femme ayant tant d’ambition créative qu’elle. Nos idées s’emboitaient parfaitement. Lorsque j’écris mes chansons, je vois automatiquement des images, des couleurs, des scènes… J’avais donc une trame historique pré-écrite et certains élément que je voulais vraiment avoir dans le clip. Giovanna y a apporté sa griffe et en mélangeant nos deux univers nous avons trouvé l’équilibre et l’esthétisme idéal pour la chanson. Elle a excellé notamment en apportant son regard technique sur la confection du clip en lui-même. On a eu une équipe incroyable sur le set, c’était une experience magique du début à la fin. Il me tarde de faire plus de clips. Il y a tellement de choses que j’ai envie de partager et de dire. Ce n’est que le début.

Qu’est-ce que tu écoutes toi, quand tu ne chantes pas ?

Kristina : De tout, j’ai un gout musical très éclectique et j’essaie de toujours dénicher de nouvelles choses, m’intéresser à de nouveaux artistes. Il y a tellement d’artistes incroyables qui méritent qu’on leur donne plus de visibilité. J’aime beaucoup la musique qui se veut intemporelle, qui a de l’intelligence et de la subtilité, qui joue sur plusieurs émotions et sentiments. Je trouve dommage aujourd’hui la quantité de musiques qui sort et qui est si vite oubliée quelques mois après, bien qu’elle puisse être un hit planétaire quelques mois durant.

Nous consommons la musique aujourd’hui a une vitesse absurde et je sens que cela influence les artistes dans leur création qui, par pression des demandes commerciales s’adaptent et proposent des sonorités plus accessibles et légères donc affinent leur prise de risque, et créativité d’une certaine manière. Personnellement j’essaie de toujours chercher des morceaux avec de l’expérimentation et de la profondeur, qui ne rappellent pas ce qu’on entend tous les jours. J’aime beaucoup Grimes, Sevdaliza, Lana Del Rey, Fka Twigs pour citer des artistes feminines actuelles. En termes d’influences plus récurrentes et intemporelles, les Eurythmics, Siouxsie and the Banshees, David Bowie, Queen, Grace Jones, Daft Punk ou encore PJ Harvey ou Kate Bush sont pour moi des références majeures.

Qu’est-ce que tu aimes bien faire au quotidien, hors musique ?

Kristina : Je suis une grande introvertie pour être franche, j’adore passer des journées seules à m’inspirer, à créer. Lorsque je ne créé pas, j’ai l’impression de gaspiller mon temps. C’est plus fort que moi. Donc je passe mes journées à lire, à écrire, à regarder mille films et documentaires… Je passe énormément de temps seule, je ne sais pas si c’est bien. Mais heureusement c’est équilibré par mon rythme de travail, je fais encore plein de choses liées à la mode, j’adore rencontrer plein de nouvelles personnes malgré mes tendances solitaires haha.

Je pense qu’on a tous une leçon à donner et tous quelque chose à apprendre, je suis donc toujours attentive et curieuse de la prochaine découverte inattendue. J’aime aussi beaucoup dessiner et peindre, j’ai pas mal de peintures chez moi que j’ai faites, et j’aime bien faire toutes sortes de collages d’images que je découpe dans des livres d’art ou autre. Après, je suis aussi une véritable épicurienne, j’aime les moments simples de partage, avec mes amis proches, autours d’une belle bouteille de vin et un beau plat de pâtes. Ce sont mes moments préférés de la vie.

Tes créateurs préférés, en mode ? 

Kristina : J’adore les créateurs qui conçoivent des silhouettes atypiques et fortes. Je suis particulièrement sensible à ce que fait Anthony Vaccarello sur Saint Laurent, une silhouette qui pour moi est très « musicale » si je peux le dire comme ça. Pour moi, la femme Saint Laurent est une rock star. J’aime aussi beaucoup Alexandre Vauthier avec tous les looks disco, années 80, les paillettes, les épaulettes… Une femme moderne à la carrure subtilement masculine.

Ton it en ce moment dans ta penderie ou au quotidien, c’est quel vêtement / sac / accessoire ? 

Kristina : Je suis assez pragmatique en terme de style vestimentaire, j’aime les pièces élégantes mais fortes à la fois, entre le masculin et le féminin, avec toujours un côté rock’n’roll. Je porte des couleurs très simples, une abondance de noir, très peu d’imprimés. Je préfère miser sur les textures, les tissus et surtout les coupes. En ce moment je ne me lasse pas d’un blazer crop à l’épaulette très large de Versace, que je porte vraiment quasiment tous les jours. Je l’ai eu dans un shop vintage. J’aime investir dans des pièces dont je sais que je ne pourrais pas me lasser. Côté sac, je n’aime pas trop porter des sacs trop reconnaissables ou avec des logos trop visibles. Donc j’essaie de toujours trouver des jolis sacs avec des designs atypiques et intéressants, Alexander Wang en fait de très beaux.

Tu as un album en préparation, « Honey & Venom« , tu peux m’en parler ?

Kristina : Je pense que le titre en dit déjà beaucoup, je laisse donc un peu de mystère planner 😉

Plutôt New York ou Paris ? 

Kristina : PARIS. Sans hésiter !

Cet été, tu as déjà planifié tes prochaines vacances ?

Kristina : Je ne suis pas trop en mode vacances en ce moment ! Je n’ai qu’une envie, c’est travailler et pouvoir partager plus de musique.

La photo Instagram dont tu es la plus fière, c’est laquelle ? 

Kristina : Celle qui a annoncé la sortie de Clockwork.

Et le compte que tu consultes tous les jours ?

Kristina : J’adore suivre des comptes qui partagent le travail de plein d’artistes différents, des espèces de mini galeries d’art digitales autours de certains thèmes regroupés, et je suis également beaucoup d’artistes en tant que tel. Mes préférés sont @wilthing_journal, @matmaitlant, @milk, @grey93 ou encore @ashthrop. 

Qu’as-tu envie de dire à nos lectrices / lecteurs qui vont t’écouter et te lire via cette interview ?

Kristina : De garder l’esprit ouvert, la vie est tellement vaste et pleine de perspectives et de points de vus différents. Il faut chercher à balancer le noir et blanc, la douceur et noirceur, la lumière et les ténèbres. On est tous plein de contradictions et de dualités, il suffit de ne pas avoir peur et de les porter en soi comme des forces. Et toujours aller après ses rêves, mêmes s’ils paraissent lointains, on ne vit qu’une fois !

 

Merci Kristina pour cette riche interview et Marie Guetière de La Mission. 
Crédit photo de couverture : Elisa Parron

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s