Rencontre avec la photographe Françoise Huguier

À l’occasion de la Journée Internationale des droits des femmes, Reporter Sans Frontière sort son nouvel album photo 100 Photos pour la liberté de la presse, entièrement dédié aux femmes. Un dossier met en lumière la place des femmes dans les médias, mais aussi les conditions de travail difficiles des femmes reporters.

Françoise Huguier, grande photoreporter aux univers multiples et au destin hors du commun y révèle des clichés exceptionnels.

La vie et le travail de Françoise Huguier sont incroyables. Enfant, elle vit au Cambodge lorsqu’elle est kidnappée avec son grand frère par un commando communiste du Viêt Minh. Ils passeront 8 mois en captivité, avant d’être relâchés. Une expérience marquante, qui la rendra différente des autres…

C’est dans les années 70 qu’elle se lance dans le photoreportage et multiplie les voyages, principalement en Afrique. Puis, en 1983, elle entame une longue collaboration avec Libération, où politique, culture, mode et cinéma seront ses terrains de jeu. Parallèlement, elle poursuivra des projets personnels toujours à l’étranger.

Françoise Huguier n’a pas peur de s’embarquer dans des travaux longs et difficiles. En route pour Behring, qui lui vaudra le prix World Press Photo, raconte sa traversée de la Sibérie pendant la chute de l’Union Soviétique. De 2000 à 2007, elle passera chaque automne dans une chambre d’un appartement communautaire à Saint-Petersbourg, documentant les destins croisés de ses locataires dans un livre, Kommounalki (Actes Sud, 2008)

Portrait de Françoise Huguier - 02-09-2010
Portrait de Françoise Huguier par Cyril Zannettacci

Comment ne pas vouloir en savoir plus sur cette femme, son travail et son regard de photoreporter ? Nous lui avons posé des questions, alors qu’une exposition lui ai consacrée aujourd’hui 8 mars et qu’elle ne cesse d’être sollicitée. De quoi être encore plus admiratives de cette femme d’exception !

L’Arrogante : Le dernier album 100 photos pour la liberté de la presse de Reporters sans Frontières porte sur les femmes, avec vos photos, mais aussi avec un dossier sur la place des femmes dans les médias.

Qu’est-ce qui fait que votre métier est « largement dominé par les hommes » ? D’ailleurs, avez-vous du faire face à des situations particulières dans votre carrière, justement parce que vous étiez une femme ?

Françoise Huguier : Beaucoup de métiers sont malheureusement dominés par les hommes. Au début de ma carrière, c’était particulier, notamment lorsque je travaillais dans les labos, où il n’y avait pratiquement aucune femme.

Comment se prépare un reportage ? Lequel a été le plus difficile pour vous ?

Françoise : Il faut se renseigner en amont, beaucoup lire, voir des films, rencontrer des spécialistes, qu’ils soient journalistes ou chercheurs.  Tous mes reportages ont été soigneusement préparés, la Sibérie a surement été « le plus difficile », simplement parce qu’il fallait obtenir un visa pour chaque village visité. Si tout est correctement étudié, préparé, rien n’est difficile. Il est mieux également de se débrouiller pour avoir des contacts.

Cette photo m’a beaucoup marqué. Pouvez-vous nous en parler ?

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Françoise Huguier / Agence VU

Françoise : Cette photo est issue de la série  Secrètes, qui éclaire l’intimité des femmes en Afrique. Sous le régime de la polygamie les chambres des femmes n’appartiennent qu’à elles, les hommes n’y entrent pas. J’avais une maison au Mali et des amis maliens, à leur contact l’idée de photographier l’espace intime et privé des femmes est née. Cette photo a été prise au Burkina Faso, à la frontière du Ghana. Le village était magnifique, une sorte de château fort miniature, toutes les décorations extérieures étaient réalisées par les femmes. Les rayons du soleil passaient par le toit, rentraient à l’intérieur des maisons. J’ai positionné cette femme sous un rayon, avec une poterie comme une pythie, ou une déesse égyptienne.

Vous avez beaucoup travaillé en Asie. Qu’est-ce qui vous fascine dans ce continent ?

Françoise : Ce continent est en perpétuel mouvement, ce qui en fait un lieu intéressant pour les artistes, les journalistes…  J’y suis allée une première fois dans les années 1970. L’intense évolution économique a contribué à l’émergence d’une classe moyenne que j’ai photographiée.

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K-POP, Kuala Lumpur, Malaisie, 2013. Françoise Huguier / Agence VU

Parfois, vous vous immergez complètement dans la vie de vos sujets, comme pour Kommunaalki, où, pendant 10 ans, vous passez 2 mois chaque année dans les appartements communautaires de Saint-Petersbourg. Pourquoi une telle immersion ? Arrive-t-on à garder un certain recul en vivant avec « ses sujets » ?

Françoise : Ce système date de la fin de Lénine, où il fallait loger les gens des campagnes qui venaient travailler à l’usine.  C’est fascinant de voir à quel point toutes les classes sociales sont mélangées au sein de ces logements, des ouvriers mais aussi des ethnologues, des professeurs … L’immersion est pour moi le seul moyen pour faire des images, j’arrive toujours à garder un recul, car je viens d’ailleurs.

Aujourd’hui, quel(le)s sont les photographes  qui vous touchent?

Françoise : J’ai toujours aimé Guy Bourdin et William Klein. J’aimais beaucoup aussi ce que faisait Maia Flore à ses débuts.

Crédits : Guy Bourdin, Vogue Paris

Quels conseils donneriez-vous à une jeune femme qui souhaite se lancer dans le photoreportage ?

Françoise : Les conseils vont aussi bien aux filles qu’aux garçons. Il faut rester optimiste, choisir de traiter des thèmes qui vont au delà des sentiers battus.

 

Le blog s’appelle L’arrogante.fr, laquelle de vos photos vous paraît être la plus arrogante, ou dont vous êtes la plus fière ?

Françoise : La photographie dont je suis la plus fière est celle que j’appelle « le dromadaire », celle du pécheur bozo sur le Niger (Pêcheur bozo sur le Niger, Tombouctou, Mali, 1988-1990)

AFRIQUE FANTÔME
Françoise Huguier / Agence VU

L’album 100 photos pour la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières est disponible dès aujourd’hui en kiosques et en librairie, ou directement ici.

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